Michel Aglietta : Europe : quelles voies de rénovation ?

Synthèse de l’intervention lors de la REUNION DE LANCEMENT  de l’ICE NEWDEAL4EUROPE (Paris le 24 mars 2014)

Michel Aglietta, actuellement occupé à la rédaction de plusieurs rapports officiels et contributions diverses, a consenti à nous communiquer le schéma de son intervention du lundi 24 mars 2014 sans pouvoir l'écrire sous la forme d'un article.

Nous les livrons en l'état à nos lecteurs, en les priant de nous faire part des interrogations qu'elles pourraient susciter. Bernard Barthalay nous promet une réécriture que nous publierons ultérieurement.

Michel Aglietta, Paris 24 mars 2014, lancement de ICE New Deal 4 Europe





La crise européenne

1. Les dysfonctionnements de la zone euro sont toujours bien présents. Les erreurs majeures de politique économique depuis 2010 laissent des traces durables :

  • l’assainissement des bilans bancaires a été laissé à la discrétion des banques et les connivences avec les Etats → pertes cachées et paralysie du crédit ;
  • l’extension de la crise grecque à des Etats solvables → cercle vicieux dettes publiques/ fragilité bancaire et fragmentation du système financier européen ;
  • le basculement dans les politiques budgétaires restrictives alors que le secteur privé se désendette → récession + reprise conjoncturelle molle.


2. Les ajustements macro asymétriques/ déséquilibres de la zone euro → rétablissement incomplet et inégal des économies :

  • gains de productivité très ralentis → rythme prévisible de la croissance potentielle d’ici sans politique commune de croissance : 1 à 1.5 % d’ici 2025 ;
  • menace déflationniste très dangereuse avec de hauts niveaux de dettes. D’ores et déjà la croissance du PIB nominal est passée de 4 % sur 2000-08 à 2 % sur 2008-2013. C’est une croissance trop basse pour faire baisser le ratio de dette publique et le chômage en même temps ;
  • l’ajustement asymétrique par dévaluation interne alors que l’Allemagne refuse d’augmenter sa demande interne bien que son excédent courant ait atteint 7.5 % du PIB en 2013 est un engrenage déflationniste.


3. L’étalement des effets de la crise pose trois questions essentielles :

  • comment l’Europe peut-elle redevenir une zone de prospérité ? Définir une politique européenne de croissance innovante ;
  • quelle gouvernance pour compléter l’euro ? Définir une stratégie évolutive pour créer un intérêt commun européen pourvu de légitimité démocratique ;
  • quelle place dans la globalisation ? Politique extérieure de l’Europe ayant un poids mondial.


Une stratégie pluridimensionnelle pour sortir de la crise

1. Remettre la finance en état de redevenir un acteur au service de l’économie de manière à relever l’investissement  productif:

  • Union bancaire complète et création d’un Fonds Européen d’Investissement sur la base d’une dotation en capital provenant du budget européen pour financer des investissements prioritaires ≈ € 130 milliards 1.4 % PIB de la zone euro) → effets d’offre et de demande → croissance et inflation ↑→ dette publique/PIB ↓ ;
  • Nouveau modèle bancaire (séparation banques/marchés) et nouveaux instruments de financement des PME/ETI finançant l’innovation bottom up (titrisation des crédits, garanties de crédit, plateformes communes d’entreprises pour émissions obligataires, registre des crédits tenu par BCE) en orientant l’épargne vers des investissements ancrés dans les territoires ;
  • redéfinition du mandat de la BCE : objectifs de stabilité des prix/stabilité financière/ soutenabilité des dettes publiques ;
  • transformation du MES en Fonds Monétaire Européen (FME) comme pilier financier d’un futur Trésor européen.


2. Des institutions européennes de régulation budgétaire et macro faisant évoluer le Traité d’union budgétaire : carcan de règles → action collective.
Des 3 fonctions budgétaires de l’Etat ; stabilisation/ redistribution/ allocation, 2 peuvent être win/win :

  • allocation (budget européen et fonds d’investissement).
  • stabilisation cyclique : mécanisme de transferts temporaires pour lisser les écarts de conjoncture : assurance chômage européenne avec régulation des transferts par une Caisse européenne et taux de cotisation modulés par les écarts taux de chômage effectif/ taux de chômage structurel.
  • Autre possibilité Fonds d’assurance cyclique pour favoriser l’ajustement symétrique géré par un Institut Budgétaire Européen (IBE): il calcule les output gaps relatifs et y indexe les transferts.
  • Surveillance européenne de la cohérence des programmes de stabilisation à moyen terme :
  •  IBE remplace la Commission dans les semestres européens ;
  • aidé par l’évaluation des Hauts Conseils par mise en réseau des Hauts Conseils, une évaluation de la cohérence des plans nationaux devient possible tout en étant contingente de la situation macro agrégé. Cela rend possible un policy mix par dialogue avec la BCE.

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